'Prêt à' versus 'près de'
La préposition "de" prend graduellement la place de "à"
La clé première de tout apprentissage est l'imitation, qui s'ancre dans la mémoire par la répétition. Bref le rabâchage ne mérite pas la mauvaise réputation que les pseudo-pédagogues lui ont faite.
Mais la mémoire fonctionne en permanence ; elle enregistre tout, sans discernement. Plus le signal est puissant, abondant, répété, plus efficace et profonde sera l'imprégnation.
Sans référence comparative solide acquise par l'apprentissage volontaire, les événements répétitifs s'impriment dans notre esprit et remplacent les savoirs consolidés, les reléguant d'abord dans la mémoire passive, puis les enfouissant si loin profondément qu'ils se perdent. J'en note fréquemment sur ces pages de nouveaux exemples, qui me brûlent les oreilles, surtout quand c'est un instituteur en retraite qui les régurgite en toute inconscience, mais aussi quand un chroniqueur d'une grande chaîne de télé les produit. Et personne n'est là, en régie, en Arcom, en Ministère de la Culture, pour rectifier les âneries telles que "la gente masculine", ou bien "dévaster", au lieu de
"Nous ne sommes pas prêts (en capacité) de voir Mamy." L'orthographe juste était 'près' (proximité spatiale ou temporelle). C'est le résultat du mécanisme exposé plus haut. On peut gloser : "Nous sommes bien loin de la revoir."
Même les grands auteurs, qu'on ne lit plus guère, commettaient cette erreur. Même Voltaire écrivait dans Candide, CHAPITRE VIII. HISTOIRE DE CUNÉGONDE. : "« Agitée, éperdue, tantôt hors de moi-même, et tantôt prête de mourir de faiblesse, j’avais la tête remplie du massacre de mon père,"
C'est toujours le même coupable, dénoncé à chaque page sur ce site : le lavage de cerveau permanent auquel nous soumettent les médias accélère l'uniformisation, l'appauvrissement de la langue, et c'est donc notre liberté de penser, notre capacité à être au monde, notre conscience du monde qui s'étiolent.
Aujourd'hui l'épidémie de "de "se répand extrêmement vite, car nous entendons "elles ne sont pas prêtes de... " tous les jours ; il suffit d'allumer la télé ou la radio.
EN apprenant la chanson l'araignée Carmen avec ma petite fille, je découvre cette erreur dans le dernier couplet :
Je suis Carmen l'araignée et pic, pic, pic, du soir au matin Vous ne pouvez pas nous empêcher De venir voir au grenier nos copains Je suis Carmen l'araignée et je règne sur ce maudit grenier Vous êtes Carmen l'araignée, et vous n'êtes pas prête de m'échapper. Il eut fallu écrire près de cher Jean-Jacques
La mémoire de millions de parents et d'enfants a donc enregistré cette bêtise que youtube continue de diffuser avec ses spectacles. Comment espérer qu'un enseignant qui ne voit que 6000 élèves dans sa carrière puisse rectifier ? Ainsi se délite le français, abîmé par l'énorme chambre d'écho des médias où s'expriment les "élites".
https://reporterre.net/Nos-mains-cherchent-desesperement-un-refuge?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne
Nos mains, nos dents, nos odorats et le reste de nos sens sont menacés, avertit notre chroniqueur : le numérique veut tout neutraliser. Mais la flamme et l’imagination que nous possédons ne sont pas prêtes de s’éteindre...
Rectifié par JulienConstant le 31/03/2025 11:58
« La langue évolue » est un des grands poncifs de l’histoire de la bêtise. Ce qui est vrai, c’est que la langue est un corps vivant, donc mortel. Une langue évolue, le cancer aussi. La langue française n’évolue pas, elle involue. L’échange séculaire du français et de l’anglais a complètement cessé. Il en va de la langue française comme de l’industrie : on importe et l’on n’exporte plus. Imbécillité du running ! »
De quel amour blessée. Réflexions sur la langue française, Collection Blanche, Gallimard, 2014
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