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Temps Chronologique Vs temps grammatical

Rubrique : Langue - par JulienConstant

"Action", "aspect",... Alors que certaines notions de la grammaire descriptive, bien utiles en leur temps, mais obsolètes depuis au moins un demi-siècle car imprécises, fragmentaires, ont décidément la vie dure.
Voici un exemple de discussion au sujet de la confusion toujours vivace en 2018 entre Time et Tense :
La valeur de base du futur grammatical (que l'anglais ne possède pas, il utilise notamment le présent de phase 2 - be+V-ing (cf. H.Adamczsewski) , le modal will) est modale., et non pas chronologique, comme on l'entend toujours. Une manifestation de cette réalité est son emploi dans un texte au passé chronologique.
Certes, c'est peut-être un emploi moins fréquent qu'avec la valeur compatible de futur chronologique, mais si les matheux trouvaient, ne serait-ce qu'un seul exemple de deux droites parallèles qui se coupent, alors le théorème des droites parallèles serait faux.
D'autre part, nous sommes habitués à ce que le présent grammatical est certes compatible avec le présent chronologique, mais tout autant avec le passé et le futur chronologique.
La modalité de l'expression par l'énonciateur de la garantie de l'actualisation de sa prédiction est aussi attestée par l'emploi courant et habituel du présent grammatical pour viser le futur chronologique : "Tu viens ce soir ? " "Ce soir, nous allons au restaurant." est bien plus fréquent, car peu modalisé, que le futur de l'indicatif : "Tu viendras ce soir ? " "Ce soir, nous irons au restaurant." Ces deux derniers énoncés seront nécessaires pour exprimer une certaine "autorité" ou "garantie de réalisation de la prédiction" de l'énonciateur. Il faut et il suffit que l'on tende l'oreille pour s'en rendre compte.
Voici un exemple de futur grammatical exprimant uniquement la modalité de l'expression par l'énonciateur de la garantie de sa prédiction , mais il s'en rencontre dans chaque journal, magazine ou roman :
Claude Simon ou l'écriture réinventée
LITTERATURE
Marianne, N° 462 Semaine du 25 février 2006 au 03 mars 2006
Auteur : A. L.
La Route des Flandres, le Palace, la Bataille de Pharsale: ils sont tous là, tous les romans les plus importants (il a procédé lui-même au choix des oeuvres qui constituent ce volume) du prix Nobel de littérature Claude Simon. L'occasion de (re)découvrir un immense écrivain, trop souvent enfermé par la critique dans le cadre étroit et un rien stérilisant du nouveau roman.
Car Claude Simon, c'est d'abord un regard sur le XXe siècle, ère de furie et de sang. Un siècle de guerre presque ininterrompue, dont il tentera de réinventer le récit, dans la Route des Flandres notamment, tout en sachant au plus profond de lui-même que l'expérience de la guerre n'est; par nature, pas transmissible Rien de très surprenant à cette quête, l'homme a été marqué par ce qu'il a vu et vécu: en 1936, il est à Barcelone lors de la révolution, en juin 1940 il est pris dans la débâcle et assiste à l'anéantissement de son escadron de cavalerie.
Mais Claude Simon c'est aussi, et peut-être surtout, une autre façon d'envisager la littérature. Une écriture réinventée, une perpétuelle recherche de forme, la quête incessante de la meilleure façon de faire passer la vie dans le roman, de rendre compte de sa réalité et sa complexité à l'aide de mots. Bref, une tentative sans cesse renouvelée de répondre à cette simple question: que raconter, à qui et comment? Cela s'appelle un grand écrivain, tout simplement.
OEuvres, de Claude Simon, Gallimard, «La Pléiade», 1 664 p. Prix de lancement: 55 euros jusqu'au 30 avril.
2005
Claude Simon est mort le mercredi 6 juillet à Paris.
Alexis Libaert aurait pu écrire :
"Un siècle de guerre presque ininterrompue, dont il a tenté de réinventer le récit, dans la Route des Flandres notamment, tout en sachant au plus profond de lui-même que l'expérience de la guerre n'est; par nature, pas transmissible. "
Sauf à considérer l'identité sémantique des deux formes, la question de la différence de sens se pose ; elle renvoie à la notion de modalité.
La modalité n'est pas un outil langagier parmi d'autres, à usage sporadique : la modalité sous-tend chaque énoncé de toutes les langues, dans leurs dimensions verbales et non-verbales. Elle exprime l'intention, le statut de l'énonciateur, ou tout ce qui appartient à sa personnalité, à son état d'esprit, ses sentiments, son degré de conviction, sa perception de l'environnement, des circonstances...
Comme en anglais et en allemand entre autres langues, le futur grammatical, est certes compatible avec l'expression du futur chronologique, mais s'agissant donc de la prédiction, l'investissement de l'énonciateur dans l'expression de sa quasi-certitude et la pression sur le co-énonciateur sont explicités par le futur de l'indicatif, dénué, ici, de toute visée chronologique.

Date de création : 10/08/2018 18:56
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